En mai, j'écrivais l'état de l'art du vibe coding : on décrit ce qu'on veut en langage naturel, l'IA écrit le code, on teste, on corrige avec des mots. Cinq mois plus tard, la posture n'a pas changé. Ce qui a changé, c'est jusqu'où l'agent va sans vous.
En septembre 2026, trois géants et un projet libre ont sorti, à quelques semaines d'intervalle, des agents qui ne s'arrêtent plus quand on ferme l'onglet. Ils ont leur propre ordinateur, leurs accès, leur mémoire. On ne leur demande plus d'écrire un fichier : on leur confie une responsabilité.
1. Le vibe coding à l'automne 2026 : les outils ont changé de main
Avant de parler des nouveaux agents, un mot sur les outils de code eux-mêmes, parce que le paysage a bougé plus en un été qu'en un an.
- Cursor appartient désormais à SpaceX. Le rachat, 60 milliards de dollars, a été conclu le 14 août 2026 ; l'éditeur est rattaché à SpaceXAI, la branche IA du groupe d'Elon Musk. OpenAI a annoncé dans la foulée qu'il couperait l'accès de ses modèles à Cursor.
- OpenAI a sorti GPT-6 Astra le 3 septembre, son nouveau modèle phare pour le raisonnement, le code et l'usage de l'ordinateur, disponible notamment dans Codex.
- Anthropic a répondu avec Claude Opus 5.5 le 22 septembre, puis Sonnet 5.5 le 28. Claude Code reste l'outil que j'utilise au quotidien : il tourne dans le terminal, dans l'éditeur, en application de bureau, et peut désormais faire travailler des agents en arrière-plan.
- xAI enchaîne les versions de Grok (4.5 en juillet, 4.6 en août, 4.7 le 21 septembre) et propose Grok Build, un agent de code en ligne de commande.
La leçon pratique : un outil de vibe coding peut changer de propriétaire, de modèle ou de prix du jour au lendemain. Ce qui vous appartient, c'est votre code, dans votre dépôt. Gardez-le chez vous, pas seulement dans l'éditeur en ligne qui l'a produit.
2. La nouvelle génération : des agents qui ne s'arrêtent pas
Le point commun des agents sortis cet automne : ils ne répondent plus à un message, ils poursuivent un objectif. Ils travaillent entre deux conversations et ne reviennent vers vous que lorsqu'ils ont besoin d'une décision ou d'une autorisation.
Les « dots » de ChatGPT (OpenAI)
Présentés le 29 septembre au DevDay d'OpenAI, les dots sont des agents personnels toujours actifs, intégrés à ChatGPT et animés par GPT-6 Astra. Chaque dot dispose de son propre ordinateur dans le cloud, travaille dans les applications que vous lui connectez, se souvient du contexte, et se joint depuis ChatGPT, Slack, Teams, par message ou par téléphone. On lui délègue un suivi de projet, une veille, un reporting récurrent, comme on le ferait à un bras droit.
Pour un lecteur français, un détail compte : au lancement, la formule Pro n'y donne pas accès dans l'Espace économique européen, en Suisse ni au Royaume-Uni. En France, les dots passent pour l'instant par l'offre Business Premium.
Muse (Meta)
Meta a lancé Muse le 8 septembre, son agent personnel, connu en interne sous le nom de code Hatch et inspiré, selon Reuters, de l'agent libre OpenClaw. Muse envoie des e-mails, réserve des voyages, remplit des formulaires, fait des achats, en se branchant sur la messagerie, l'agenda, les paiements, la santé, les courses ou la maison connectée. On y accède par une application dédiée ou par WhatsApp. Une version gratuite existe, puis deux abonnements à 20 et 100 dollars par mois. Fin septembre est arrivée une version pour les petites entreprises, reliée à Slack, Asana, Zoom, Canva ou Box.
Deux réserves : Muse n'est disponible qu'aux États-Unis, et la presse a rapporté que, lors des essais internes, un agent avait contourné ses garde-fous pour exposer des photos personnelles d'un utilisateur. Meta assure que toute l'architecture a été pensée pour la sécurité, sans promettre l'absence d'erreur.
Hermes Agent (Nous Research) et OpenClaw : la voie libre
À l'opposé des offres fermées, Hermes Agent, publié en février 2026 par Nous Research, est un agent open source (licence MIT) que l'on installe sur son propre serveur. Il garde la mémoire de vos échanges, fabrique lui-même des « compétences » réutilisables après une tâche complexe, et se pilote depuis Telegram, Discord, Slack, WhatsApp, Signal ou le terminal. Surtout, il fonctionne avec le modèle de votre choix. Son dépôt GitHub affiche plus de 250 000 étoiles début octobre : c'est le projet d'agent qui a grandi le plus vite cette année.
Il s'inscrit dans le sillage d'OpenClaw, l'agent libre créé fin 2025 par le développeur autrichien Peter Steinberger, devenu le modèle de toute cette génération. Steinberger a rejoint OpenAI en février, le projet est désormais confié à une fondation, et sa version 2.0 est sortie fin août.
Grok (xAI, désormais SpaceXAI)
Côté Elon Musk, la nouvelle génération de Grok se joue sur deux terrains : le code, avec Grok Build et l'intégration à Cursor, et les agents, avec des « Grok Bots » présentés en bêta en août comme des coéquipiers IA. Quant à Grok 5, annoncé depuis fin 2025, il n'est toujours pas sorti début octobre : à suivre, sans le prendre pour acquis.
| Agent | Éditeur | Où il tourne | Disponible en France ? |
|---|---|---|---|
| Dots | OpenAI | Ordinateur cloud d'OpenAI | Via Business Premium (pas via Pro au lancement) |
| Muse | Meta | Machine virtuelle de Meta | Non, États-Unis seulement |
| Hermes Agent | Nous Research | Votre propre serveur | Oui, libre et gratuit (hors coût du modèle) |
| OpenClaw | Fondation OpenClaw | Votre propre machine | Oui, libre et gratuit (hors coût du modèle) |
| Grok Build / Grok Bots | SpaceXAI | Terminal / cloud xAI | Selon l'abonnement SuperGrok |
3. Ce que ça change pour un vibe codeur
Bonne nouvelle : si vous pratiquez le vibe coding, vous savez déjà travailler avec ces agents. La compétence est la même : décrire une intention, fixer un périmètre, juger le résultat. Ce qui change, c'est l'échelle de temps. On ne relit plus une modification de trente secondes, on reçoit le compte rendu d'un travail de plusieurs heures.
Un exemple de cette semaine : le blog que vous lisez avait perdu seize articles de 2023 en quittant son ancienne plateforme. Un agent les a retrouvés dans les archives du web, a récupéré les images et vidéos encore disponibles, a remis les articles en page et a redirigé chacune de leurs anciennes adresses. Mon rôle : décider, puis vérifier. Et vérifier vraiment, page par page, sur le site en ligne, pas sur la foi du « c'est fait ».
Avec un agent qui travaille seul, la règle d'or : on ne croit pas l'agent, on regarde le résultat.
4. Les garde-fous à poser avant de déléguer
- Des accès au plus juste. Un agent n'a besoin ni de votre mot de passe bancaire ni de toute votre messagerie pour faire une veille. Connectez une application à la fois.
- Une validation humaine pour ce qui ne se défait pas. Payer, envoyer, publier, supprimer : l'agent prépare, vous confirmez.
- Savoir où vont vos données. Un agent hébergé chez un géant américain voit ce que vous lui confiez. Pour les données sensibles d'une entreprise européenne, un agent auto-hébergé comme Hermes, branché sur un modèle de votre choix, mérite d'être étudié.
- Une trace de ce qu'il a fait. Exigez un journal des actions. Un agent qui a « tout fait » sans laisser de trace n'a rien prouvé.
En résumé
Le vibe coding nous a appris à parler à une IA pour fabriquer un logiciel. Les agents de l'automne 2026 étendent cette conversation à tout le reste : les e-mails, les achats, le suivi de projet. Les outils les plus puissants ne sont pas encore tous accessibles en Europe, et les plus ouverts demandent un peu de technique. Mais la posture à acquérir est la même partout : déléguer clairement, encadrer strictement, vérifier systématiquement.
Sources (consultées le 3 octobre 2026) : OpenAI, « Introducing dots » · CBS News · TechCrunch sur Muse · Reuters via Carrier Management · Hermes Agent sur GitHub · OpenClaw (Wikipédia) · Grok (Wikipédia) · Cursor, « Joining SpaceX » · TechCrunch sur le rachat de Cursor


